Ouvrir la Science

L’ouverture en temps de crise, entrebailler ou ouvrir la porte ?

Actualités du comité
03/04/2020

L’épidémie de Covid-19 montre à quel point il est nécessaire d’avancer dans la voie de l’ouverture des publications scientifiques et des données de recherche pour accélérer les processus de découverte et partager librement ceux-ci, au bénéfice de la science, et plus encore au bénéfice de la société civile dans son ensemble et des populations, en franchissant la barrière économique et les frontières dans l’accès aux données et aux résultats.

Les représentants du monde scientifique de plusieurs États, dont la France, ont demandé par un appel conjoint l’ouverture des publications dans le contexte de lutte contre l’épidémie, y compris pour la fouille de texte. Le gouvernement français a confirmé son engagement dans la politique de science ouverte le 30 mars 2020. Plusieurs éditeurs et diffuseurs ont répondu rapidement à l’urgence en libérant de façon partielle et temporaire leurs publications sur le sujet du Covid 19 et des coronavirus pour mettre à disposition les sources validées déjà disponibles et ouvrir l’accès aux résultats dès leur parution et continuent de contribuer à cette diffusion facilitée et accélérée.

Toutefois, l’ouverture en situation d’urgence des articles traitant directement du coronavirus ne représentent qu’une petite partie de la connaissance disponible aujourd’hui sur le sujet, les recherches et disciplines connexes n’étant pas accessibles selon le même régime, ainsi que le souligne l’article publié le 5 mars 2020 par Vincent Larivière, Fei Shu et Cassidy Sugimoto (Lire la traduction en français).

Au-delà de l’urgence immédiate du soin, de la recherche fondamentale et clinique, une épidémie est un phénomène complexe qui requiert pourtant une approche pluridisciplinaire pour sa compréhension. Pour endiguer sa propagation, prévenir son retour, mieux prendre en charge les maladies similaires, à terme atténuer ou réparer ses effets sur les sociétés, différentes disciplines se combinent, dans le domaine de la biologie et de la santé comme dans les disciplines connexes, notamment les sciences humaines et sociales et de santé publique qui apportent leur éclairage et produisent des résultats féconds.

L’ouverture immédiate des publications, des essais cliniques et des données de recherche utiles à la lutte contre la propagation de l’épidémie de coronavirus s’impose donc en réalité comme une nécessité pour avancer dans la connaissance, bénéficier de ses capacités cumulatives et nourrir l’inventivité des équipes de recherche. L’effort aujourd’hui est louable et témoigne d’une avancée notable, mais l’ouverture est étroite au regard des besoins, comme le regrette Marin Dacos dans l’article du Monde paru le 27 mars 2020.

Les scientifiques et chercheurs sont aujourd’hui mobilisés de façon exceptionnelle dans le contexte de la crise sanitaire de lutte contre le Covid-19 pour permettre une recherche accélérée par la mutualisation et le partage des connaissances au niveau mondial. La production de connaissances et de résultats avance de façon extrêmement rapide grâce à l’ouverture de la science, y compris dans le développement d’applications cliniques à très court terme.

L’ouverture, à laquelle les éditeurs et les diffuseurs de la communication savante ont apporté leur contribution en accordant des accès ouverts ou élargis aux publications et aux données de recherche, montre sa fécondité et son efficience. Une concertation est engagée en France avec les différents acteurs impliqués, privés et publics, pour trouver les meilleures voies pour réaliser ce modèle et ouvrir effectivement la science au quotidien. Face à un problème aussi complexe, la diversité des contraintes et des forces disponibles doit pouvoir être prise en compte pour mener une politique publique à la fois volontaire et équilibrée.

La science ouverte doit devenir le mode de fonctionnement habituel de diffusion de la recherche et ne pas demeurer un régime d’exception une fois la crise passée, le temporaire et le partiel risquant de repousser la porte entrouverte alors que l’occasion se présente d’en franchir le seuil.