Stratégie nationale des Infrastructures de recherche
2018
Politiques publiques
La feuille de route nationale des Infrastructures de recherche est un outil de pilotage stratégique du gouvernement français qui est remis à jour régulièrement. Elle affirme la volonté de l’Etat de structurer le paysage des infrastructures d’envergure nationale. La feuille de route 2018 met l’accent sur les données. « L’objectif est que toutes les infrastructures qui produisent, manipulent, traitent et/ou échangent des données puissent être interconnectées de façon sécurisée, tout en veillant à respecter la souveraineté européenne », indique la stratégie. Pour cela, leurs données « devront souscrire aux principes FAIR (findable, accessible, interoperable and reusable), qui doivent être largement diffusés et mis en pratique ». Cela suppose notamment, annonce le document, de « rendre obligatoire la mise en œuvre d’un Data management plan comme cela est déjà demandé dans le cadre de la réponse aux projets H2020 ». Ce document présente donc une actualisation du paysage national des infrastructures de recherche, qui s’imposent chaque année davantage comme les outils incontournables pour une recherche d’excellence.

Stratégie nationale des Infrastructures de recherche

AVANT- PROPOS

Frédérique VIDAL
Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

Repousser les frontières de la connaissance passe bien souvent par l’utilisation de grands équipements de recherche, prouesses technologiques nourries et au service de prouesses scientifiques.

Ces grands équipements de recherche ne sont pas des outils de travail comme les autres. Leur longévité, leurs ambitions, leurs coûts sont autant de particularités dont il est important d’apprécier la valeur au terme d’une réflexion stratégique comme celle qui conduit à la publication de la présente feuille de route.

Notre pays ne peut que se féliciter d’accompagner depuis plus de vingt ans maintenant le développement d’infrastructures nationales et européennes en réseau qui ont transformé les pratiques des communautés scientifiques. Aujourd’hui, les grandes installations françaises sont impliquées dans quasiment tous les projets de soutien aux infrastructures du programme-cadre européen de recherche.

A mi-parcours du programme H2020 c’est plus de 160 M€ de subventions européennes qui ont d’ores et déjà été glanées en appui aux infrastructures de recherche en complément de la dotation budgétaire annuelle du ministère. Naturellement il convient de poursuivre dans cette recherche de co-financement européen, et je m’emploie avec les équipes du ministère, à ce que les moyens consacrés aux infrastructures de recherche soient très significatifs dans le FP9.

Mais avec l’entrée en scène de l’ESFRI, les questions touchant les infrastructures dépassent largement les enjeux et les capacités financières et d’action du programme cadre. Les défis stratégiques, scientifiques et financiers liés aux infrastructures sont tels qu’il nous faudra tôt ou tard parvenir à une programmation conjointe de nos investissements européens et nationaux dans les grands équipements de recherche.

Cet impératif d’harmonisation impacte déjà les pratiques et les cultures de gestion et de partage des données qui varient entre les domaines, les communautés, les pays et les organisations. À mesure que ces derniers deviennent plus exigeants en matière de données, il convient d’optimiser leur conservation et leur réutilisation pour dynamiser les développements technologiques et sociétaux.

La création d’infrastructures axées sur la gestion des données permet le partage des résultats de la recherche européenne entre ses disciplines. Les infrastructures de données forment ensemble la base d’un espace numérique européen ouvert, un élément clé de futurs projets visant à créer prospérité, emplois et bien-être, dès lors que ces données sont considérées comme communicables et qu’elles n’entrent pas dans un cadre légal d’exception.

A l’heure où de nombreux chercheurs, financeurs et organismes de recherche reconnaissent les avantages d’une meilleure gestion des données, je me félicite des efforts déployés par la France pour assurer la pérennité des données de recherche issues de ses infrastructures. La responsabilité de l’État est engagée non seulement en termes d’alignement des politiques d’ouverture des données mais aussi en termes de ressources humaines à mettre en place pour y parvenir. C’est tout le sens notamment de la récente décision du gouvernement de mobiliser le calcul à haute performance pour soutenir son action en Intelligence Artificielle.

Les infrastructures sont devenues d’incroyables moteurs de savoirs, des attracteurs de talents, des catalyseurs de collaborations, des porteurs d’image et de prestige scientifique. Par leur statut de bailleurs d’innovations, de défricheurs de nouvelles pratiques, d’acheteurs exigeants de hautes technologies, elles demeurent un vecteur idéal à la fois pour le transfert de connaissances vers les politiques publiques et pour le transfert de technologie vers des marchés d’équipement scientifique de plusieurs milliards d’euros.

Leur attractivité repose majoritairement sur l’excellence des personnels, chercheurs, ingénieurs, techniciens et administrateurs hautement qualifiés qui les opèrent. Je tiens particulièrement à remercier les équipes d’exploitation des 99 infrastructures de cette nouvelle édition de la feuille de route pour les efforts qu’ils ont déployés afin de donner toute leur transparence aux calculs de coûts complet de fonctionnement des infrastructures qui permettent de jeter les bases d’une valorisation objective des savoirs qu’elles produisent.

C’est sur la base de ce savoir-faire français reconnu de tous que les infrastructures nationales, y compris leurs déclinaisons numériques, doivent figurer sans complexe au palmarès des orientations européennes et en particulier du prochain 9eprogramme-cadre européen de recherche et d’innovation, fortes de la certitude que seuls des équipements d’excellence sauront attirer les projets ambitieux et innovants des meilleurs scientifiques français, européens et mondiaux.

 

INTRODUCTION

Alain BERETZ
Directeur général de la Recherche et de l’Innovation,
Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

Plus que jamais, les enjeux scientifiques posent le défi de construire des outils de recherche à la pointe des connaissances scientifiques et technologiques. Les frontières de la connaissance ont reculé jusqu’à des extrêmes que seules des réalisations technologiques majeures permettent de confronter à la réalité expérimentale.

L’observation, la mesure, le calcul intensif, le stockage et le partage de données supposent de grands instruments portant les capacités techniques au-delà de l’existant et intégrant la porosité disciplinaire, source d’innovation. Ces outils sont les conditions des futures découvertes tout autant que le produit des dernières avancées scientifiques et technologiques. De grands équipements ont ainsi été créés, pilotés par des organisations nationales, européennes ou internationales, nécessitant une instrumentation de premier plan mais aussi des ressources humaines et financières conséquentes, grâce au soutien de la puissance publique.

Parallèlement à ces grands programmes se sont développés, ces dernières années, une quantité d’instruments partagés entre de nombreux acteurs sur le territoire : nouveaux modes de microscopie et d’imagerie, nouveaux dispositifs de criblage à haut débit, expériences virtuelles, bases de données sociales, environnementales et de santé, corpus de textes numérisés enrichis d’outils d’exploitation… En France, le soutien du Programme d’Investissements d’Avenir a été essentiel à ce succès.

Dans ce contexte, une stratégie nationale de développement des infrastructures s’impose plus que jamais. Il convient de prendre en les nouveaux apports de la technologie, l’évolution des pratiques scientifiques, l’articulation dans des réseaux européens ou internationaux, les investissements humains et financiers, les retombées pour l’innovation tout comme les reconfigurations du paysage français de la recherche.

La mise à jour de la stratégie nationale des infrastructures de recherche 2018-2020 témoigne de la volonté de l’État, par ses grands établissements de recherche et d’enseignement supérieur, de répondre aux exigences de savoir et d’innovation. S’inscrivant dans la lignée de l’exercice publié en 2016, cette actualisation permet de poursuivre l’effort de structuration nationale des infrastructures notamment dans les domaines de la biologie-santé et en environnement.

Par ailleurs, elle met l’accent sur le calcul des coûts complets et l’origine des ressources des infrastructures de recherche, exercice réalisé pour la première fois et qui doit permettre l’amélioration du pilotage des infrastructures par leurs responsables eux-mêmes, les opérateurs et le ministère.

Elle est aussi l’occasion de mener une enquête sur l’ampleur de la production de données scientifiques, actuelle et envisagée à cinq ans ainsi que leur management. La mise à disposition des données de la recherche, dont les infrastructures de recherche sont un pourvoyeur très important, est une exigence qui s’impose dorénavant à toute la communauté scientifique. Elle soulève néanmoins un défi énorme de dimensionnement de nos e-infrastructures impactées par les besoins considérables qui s’annoncent en matière de stockage, de flux de données et de moyens de calcul qu’il faut anticiper.

Ce document présente donc une actualisation du paysage national des infrastructures de recherche, qui s’imposent chaque année davantage comme les outils incontournables pour une recherche d’excellence.