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Les chercheurs français sont favorables au mouvement vers la science ouverte

Actualités du comité
24/01/2020

Le consortium Couperin publie les résultats de son enquête sur les pratiques de publication et d’accès ouvert des chercheurs français. Elle a été centrée sur l’analyse de la relation des chercheurs avec les éditeurs scientifiques, ainsi que sur les pratiques de l’accès ouvert dans les revues et sur les plateformes. Le questionnaire en ligne a obtenu 11 658 réponses dans les établissements de l’ESR, ce qui représente environ 10 % de la communauté des chercheurs de recherche publique. La richesse de l’enquête repose en grande partie sur les verbatim (plus de 11 500), qui ont été pleinement exploités.

L’enquête intitulée «Vos pratiques de publication et d’accès ouvert» a été diffusée et relayée par les établissements et les réseaux scientifiques. Elle a été lancée entre février et avril 2019. Elle comprenait 4 parties constituant un ensemble de 42 questions fermées et 8 zones de commentaires libres. Les résultats de l’enquête ont été analysés en utilisant deux critères principaux : les classes d’âge et les thématiques des recherches.
Ils sont restitués dans la synthèse selon le plan suivant : les chercheurs et les maisons d’édition, publication en libre accès dans des revues, usage des revues scientifiques et visibilité des articles, archives ouvertes et preprints, et accessibilité des données de la recherche.

Ci-après des extraits de la synthèse de l’étude :

Les chercheurs et  les maisons d’édition

  • Globalement, les répondants expriment une grande insatisfaction sur l’apport des éditeurs scientifiques : en particulier sur leur valeur ajoutée, ainsi que sur les délais de publication. Même si des critiques sont émises sur le processus global de l’édition scientifique actuelle, en particulier sa trop grande financiarisation, cette insatisfaction n’entraîne pas une volonté de changer radicalement de système.
  • 80 % des répondants estiment que les coûts excessifs, la cession exclusive des droits d’auteurs ainsi que la barrière de lecture induite par les abonnements sont des limites majeures du système actuel. La lenteur du processus d’évaluation par les pairs reste un problème, avec plus de 50 % d’insatisfaits, avec quelques différences disciplinaires.
  • L’acceptation d’une coupure des accès aux revues par les communautés scientifiques est soutenue à plus de 50 % par les répondants (80 % pour les mathématiciens), position ferme qui permettrait de renforcer le pouvoir de négociation. Cependant, cette protestation est conditionnée pour les chercheurs au maintien d’accès alternatifs. Une action collective concertée au niveau européen, voire international est jugée indispensable.
  • La problématique de l’évaluation et la nécessité d’une diffusion internationale des travaux apparaissent comme un facteur bloquant pour l’indépendance des chercheurs par rapport à certaines revues majeures dans leur domaine.
  • La relecture classique par les pairs reste un moyen reconnu et apprécié pour garantir la qualité des articles publiés. Mais, la faible reconnaissance de cette activité, dans l’évolution de carrière comme dans la rémunération, est le plus grand point faible du système.

Publication en libre accès dans des revues

  • La publication en accès ouvert dans des revues se développe selon différentes pratiques dans les disciplines. La préférence pour publier dans des revues en accès ouvert natif, et non pas dans des revues hybrides, est marquée dans toutes les disciplines.
  • Le paiement de frais de publication (Article processing charges, APC) pour publier en accès ouvert n’est absolument pas systématique. Si près de 40% des répondants en sciences de vivant-médecine ou 24% en physique déclarent en avoir payé souvent, ils sont seulement 5 % en lettres et sciences humaines, et moins de 2 % en droit, économie, politique et gestion.
  • La motivation première de passage à l’accès ouvert est de donner un accès immédiat aux pairs ainsi qu’au grand public (80 % des réponses), suivie par la conservation des droits de diffusion, ainsi que par l’accès à des revues à caractère innovant (50 %). L’absence de budget ou le principe du refus de payer sont les facteurs principaux de réticence à l’accès ouvert, ainsi que la crainte de l’augmentation du nombre de revues prédatrices.
  • Pour la plupart d’entre eux, le financement de l’accès ouvert ne doit pas reposer sur les auteurs, ni sur leur laboratoire.

Usage des revues scientifiques et visibilité des articles

  • La moitié des répondants, et avec une plus grande proportion pour les plus âgés, font appel au réseau scientifique: demande auprès des auteurs ou demande de copie auprès de collègues abonnés ou de bibliothèques. Cette pratique est complétée par une recherche sur les plateformes légales (archives ouvertes ou réseaux sociaux), ainsi que sur les plateformes illégales.
  • Les critères de choix de la revue sont révélateurs des traditions disciplinaires. Pour 80 % des répondants, la notoriété et l’adéquation de la revue au contenu de l’article sont importants. Le facteur d’impact est important pour plus de 80 % des répondants en sciences du vivant-médecine et en chimie-matériaux. La possibilité de publier en accès ouvert est jugée importante pour seulement 20 à 40 % des répondants suivant la discipline.
  • Les modes d’évaluation de la recherche apparaissent tout au long du questionnaire comme un frein à l’évolution des pratiques d’édition scientifique. De manière rassurante, les indicateurs qualitatifs basés sur une lecture des travaux les plus signifiants rencontrent le plébiscite des répondants, et ce dans toutes les disciplines.

Archives ouvertes et preprints

  • 70 % des répondants ont déjà déposé dans une archive ouverte, le terme «dépôt» pouvant s’entendre ici comme dépôt de la référence de l’article ou du texte intégral. On constate de grandes différences disciplinaires avec 94 % de déposants en mathématiques-informatique et 48% en médecine.
  • Les freins au dépôt dans les archives ouvertes évoqués par les répondants montrent également une méconnaissance du droit (politique de l’éditeur, versions, accord des co-auteurs) et un manque d’engagement de beaucoup de chercheurs qui considèrent que le dépôt ne relève pas de leur rôle (manque d’intérêt, délégation aux co-auteurs ou à l’institution).
  • La pratique de dépôt de preprints concerne 32 % du panel des répondants. Cette pratique est davantage dépendante de facteurs disciplinaires que les autres pratiques de l’édition scientifique.
  • Environ deux tiers des répondants de notre panel n’ont jamais déposé de preprint, le plus souvent par manque d’information, mais aussi par crainte de plagiat ou par crainte de ne pas pouvoir publier leurs résultats ultérieurement dans certaines revues.

Accessibilité des données de la recherche : « cela dépend »

Certaines revues exigent que les données liées à un article soient rendues accessibles. La question visait à savoir comment cette demande était perçue par les chercheurs. De nombreux répondants jugent cette pratique indispensable, même si contraignante. Pour 20% des répondants, il s’agit d’une pratique inutile ou représentant un frein à la publication dans ces revues. Les différences disciplinaires sont peu marquées sur cette question.

L’enquête, réalisée dans le cadre du Plan national pour la science ouverte, a été soutenue par le Comité pour la science ouverte. Son objectif était de mieux appréhender la connaissance par les chercheurs français du paysage de l’édition académique et de l’accès ouvert, et leur perception de la mise en œuvre de l’accès ouvert dans leur quotidien. Elle est accessible dans son intégralité dans l’archive HAL. Elle est diffusée sous la licence Creative Commons CC-BY.